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Maltraitance en famille d'accueil : le témoignage de Jenny Marsot

Rédaction Baby-Closer · 20 septembre 2026 · Relu par un expert

Jenny Marsot a subi 8 ans de maltraitance en famille d'accueil dans les années 60. Son témoignage éclaire les failles de la protection de l'enfance.

Jeune enfant assise seule dans un couloir, symbolisant la résilience après une maltraitance infantile

Quand le placement censé protéger un enfant devient lui-même source de maltraitance

En France, plus de 330 000 enfants sont actuellement confiés à l'Aide Sociale à l'Enfance (ASE), dont une grande partie placée en famille d'accueil. Dans l'immense majorité des cas, ces placements permettent à des enfants vulnérables de grandir dans un cadre stable et bienveillant. Mais parfois — et ces situations, bien que minoritaires, sont réelles — le foyer censé protéger devient lui-même un lieu de souffrance.

Le témoignage de Jenny Marsot, retranscrit dans le livre « Moi, Jenny, pupille de la Nation » rédigé par sa fille Fanny, en est une illustration bouleversante. Placée dès l'âge de deux ans dans les années 60, Jenny a vécu huit années de violences physiques, psychologiques et sexuelles aux mains de son assistante familiale. Son histoire, douloureuse à entendre, est aussi un appel à mieux comprendre les mécanismes de la maltraitance institutionnelle pour mieux la prévenir.

Chez baby-closer.com, nous avons choisi de relayer ce témoignage avec toute la gravité qu'il mérite, sans sensationnalisme, mais avec la conviction que parler de ces réalités est le premier pas vers leur disparition.

Le placement de Jenny : une enfance volée dès l'âge de deux ans

Dans les années 1960, la mère de Jenny contracte une maladie grave qui l'empêche d'assumer seule l'éducation de ses jeunes enfants. La DDASS (Direction Départementale des Affaires Sanitaires et Sociales, l'ancêtre de l'ASE) prend alors la décision de placer Jenny, son petit frère et sa petite sœur dans une famille d'accueil. La petite fille n'a que deux ans.

Dès les premiers jours, l'assistante familiale — Madame Cessita — impose une rupture brutale avec la figure maternelle : « Ta maman ne reviendra plus, donc maintenant tu m'appelles maman. » Cette phrase, prononcée à une enfant de deux ans encore incapable de comprendre ce qu'elle traverse, illustre à elle seule la violence psychologique à l'œuvre. Couper un enfant de ses repères affectifs sans accompagnement constitue déjà, en soi, une forme de maltraitance.

Ce que vivent ensuite Jenny et ses fratrie dépasse l'entendement : corvées domestiques imposées dès le plus jeune âge (repassage, lavage), humiliations quotidiennes, coups, enfermements dans un réduit obscur infesté de cafards — sachant que Jenny souffre de phobie du noir. À plusieurs reprises, les enfants sont attachés sur des chaises, en petites tenues, comme une punition supplémentaire destinée à les briser.

Le silence des témoins : comment la maltraitance infantile peut durer des années sans être stoppée

L'un des aspects les plus troublants du récit de Jenny est celui du silence collectif. Les cris, les bleus sur les corps, le bruit des coups : tout était visible. « Tout le monde savait », dit-elle. Et pourtant, personne n'a agi.

Ce phénomène, bien documenté par les psychologues spécialisés en protection de l'enfance, porte un nom : l'effet spectateur (ou diffusion de responsabilité). Chacun pense que quelqu'un d'autre va intervenir, ou redoute les conséquences d'une dénonciation. Dans les communautés où la vie privée est sacralisée, signaler des violences sur enfant peut encore être perçu comme une intrusion.

À cela s'ajoute, dans le cas de Jenny, un mécanisme particulièrement pervers : les contrôles de la DDASS étaient annoncés à l'avance. Madame Cessita, informée des visites, s'abstenait de frapper les enfants dans les jours précédents. Le jour J, un simple regard menaçant suffisait à réduire les petits au silence. Ils savaient que parler signifiait subir une punition encore plus sévère au départ des inspecteurs.

Ce témoignage pointe une faille systémique encore présente aujourd'hui : les visites de contrôle annoncées ne permettent pas de détecter les situations de maltraitance réelles. Des associations comme L'Enfant Bleu ou Innocence en Danger militent depuis des années pour des visites inopinées et une formation renforcée des professionnels au repérage des signes de maltraitance.

Violences sexuelles sur enfant placé : un tabou qui doit être brisé

À l'âge de quatre ans, Jenny subit également des violences sexuelles de la part du mari de l'assistante familiale. Ce que la petite fille, dans son innocence, croyait être le début d'une histoire racontée avant la sieste, s'est révélé être le début d'une longue série d'abus.

Les statistiques sont glaçantes : selon le rapport Sauvé (2021) sur les violences sexuelles dans l'Église, et les données de l'ONPE (Observatoire National de la Protection de l'Enfance), les enfants placés sont statistiquement plus exposés aux violences sexuelles que les enfants vivant en famille, notamment en raison de leur vulnérabilité, de leur isolement affectif et de la difficulté à être crus lorsqu'ils parlent.

Briser ce tabou est essentiel. Un enfant qui parle de violences sexuelles doit être systématiquement cru et orienté vers des professionnels (médecin, psychologue, CRIP — Cellule de Recueil des Informations Préoccupantes). La loi française oblige tout citoyen à signaler des violences sur mineur : ne pas agir est passible de poursuites.

Comment repérer les signes de maltraitance chez un enfant placé ou non

Le témoignage de Jenny nous rappelle que la maltraitance ne se passe pas uniquement dans des foyers en difficulté sociale. Elle peut survenir partout, y compris dans des familles d'accueil agréées. Voici les signaux d'alerte à ne jamais ignorer :

  • Signes physiques : bleus inexpliqués, marques, blessures récurrentes, état de fatigue chronique, malnutrition visible.
  • Signes comportementaux : repli sur soi, agressivité soudaine, peurs inexpliquées (notamment du noir, des adultes), comportements régressifs (énurésie, succion du pouce à un âge avancé).
  • Signes émotionnels : tristesse persistante, absence d'expression des émotions, hypervigilance, difficultés de concentration à l'école.
  • Signes sexuels : comportements ou connaissances sexuels inadaptés à l'âge, dessins à connotation sexuelle, peur inexpliquée de certains adultes.

Si vous observez ces signes chez un enfant de votre entourage, ne restez pas seul(e) avec vos doutes. Vous pouvez appeler le 119 (Allo Enfance en Danger), disponible 24h/24, 7j/7, gratuitement et anonymement.

La résilience de Jenny : devenir mère aimante après un traumatisme d'enfance

À ses dix ans, le calvaire de Jenny prend fin grâce à l'intervention de sa grande sœur, qui ne vivait pas dans la même famille d'accueil. Ces simples mots — « Les enfants, venez, on s'en va » — ont mis fin à huit années d'enfer. Un miracle, au sens propre du terme.

Mais la fin de la maltraitance n'est pas la fin du chemin. Les traumatismes d'enfance laissent des traces profondes, neurologiques et psychologiques. Les recherches en neurosciences montrent que les ACE (Adverse Childhood Experiences) — expériences négatives de l'enfance — augmentent significativement les risques de troubles anxieux, dépressifs, et de difficultés relationnelles à l'âge adulte.

Pourtant, Jenny a choisi la vie. Elle est devenue mère de deux filles, avec une attention particulière à leur donner ce qu'elle n'a jamais reçu : de l'amour, de la sécurité, de la présence. Sa fille aînée, Fanny, a tenu la promesse de coucher par écrit l'histoire de sa mère dans « Moi, Jenny, pupille de la Nation ». Un acte d'amour filial, mais aussi un acte militant.

Cette trajectoire de résilience nous rappelle que être un bon parent n'est pas inné — c'est une construction, parfois douloureuse, souvent courageuse. Et que l'amour donné à ses enfants peut briser les cycles de violence intergénérationnelle.

Ce que le témoignage de Jenny nous apprend sur la protection de l'enfance aujourd'hui

Si les années 60 sont loin, les failles du système de protection de l'enfance ne sont pas toutes comblées. En 2024, le Défenseur des droits et plusieurs rapports parlementaires ont pointé :

  • Un manque criant de places en établissements spécialisés, forçant des placements en urgence mal préparés.
  • Un turn-over important parmi les travailleurs sociaux, qui nuit à la continuité du suivi des enfants.
  • Des contrôles insuffisants des familles d'accueil, notamment en dehors des visites programmées.
  • Une parole de l'enfant encore trop peu entendue dans les procédures judiciaires et administratives.

Des avancées existent : la loi du 7 février 2022 relative à la protection des enfants a renforcé plusieurs dispositifs, notamment l'interdiction des nuitées à l'hôtel pour les mineurs placés et l'amélioration du statut des assistants familiaux. Mais le chemin reste long.

En tant que parents, nous pouvons aussi agir à notre échelle : apprendre à nos enfants à nommer ce qui ne va pas, à faire confiance à un adulte référent, et à savoir que leur parole sera toujours entendue chez nous. Construire l'estime de soi de son enfant dès le plus jeune âge est aussi une forme de protection.

Et si vous êtes vous-même parent ayant vécu des traumatismes dans l'enfance, sachez que prendre soin de soi en tant que parent n'est pas un luxe : c'est une nécessité pour offrir à vos enfants la stabilité dont ils ont besoin.

FAQ : vos questions sur la maltraitance infantile et la protection de l'enfance

Comment signaler une maltraitance sur un enfant en France ?

Vous pouvez appeler le 119 (Allo Enfance en Danger) à tout moment, gratuitement et anonymement. Vous pouvez aussi vous adresser directement à la CRIP (Cellule de Recueil des Informations Préoccupantes) de votre département, ou contacter les services de police/gendarmerie. Tout citoyen a l'obligation légale de signaler des faits de maltraitance sur mineur : le silence peut être constitutif de non-assistance à personne en danger.

Quels sont les signes qui doivent alerter sur une maltraitance chez un enfant ?

Les signaux d'alerte incluent : des blessures inexpliquées ou récurrentes, un comportement très agité ou au contraire très inhibé, une peur excessive de certains adultes, des régressions comportementales (pipi au lit, langage infantile), des dessins ou jeux à connotation sexuelle inadaptés à l'âge, et une tristesse ou anxiété persistante. Un seul signe ne suffit pas à conclure, mais plusieurs signes combinés doivent conduire à alerter un professionnel.

Un enfant placé en famille d'accueil peut-il être retiré si des violences sont suspectées ?

Oui. Le juge des enfants peut ordonner un retrait immédiat si des éléments sérieux laissent supposer un danger pour l'enfant. En cas d'urgence, le procureur de la République peut également ordonner un placement provisoire. Les travailleurs sociaux référents ont l'obligation de transmettre toute information préoccupante. Si vous êtes vous-même enfant placé ou jeune majeur et que vous subissez des violences, vous pouvez appeler le 119 ou contacter directement votre juge des enfants.

Comment aider un enfant à se reconstruire après des violences ou un traumatisme ?

La reconstruction après un traumatisme d'enfance est possible, mais elle nécessite un accompagnement professionnel adapté : psychologue spécialisé en traumatologie, thérapie EMDR (reconnue pour les traumas), ou thérapie familiale. À la maison, les piliers de la reconstruction sont : la stabilité affective, la prévisibilité du quotidien, la validation des émotions de l'enfant, et la certitude qu'il sera cru et protégé. Des associations comme L'Enfant Bleu ou SOS Enfants en Danger proposent également un accompagnement gratuit.

Ce qu'il faut retenir : agir, ne jamais se taire

Le témoignage de Jenny Marsot n'est pas seulement le récit d'une souffrance passée. C'est un appel à la vigilance collective. Les enfants maltraités ne peuvent pas toujours parler — parfois parce qu'ils n'ont pas les mots, parfois parce qu'ils ont trop peur. C'est à nous, adultes, de voir, d'entendre et d'agir.

Si vous êtes parent, éducateur, voisin, enseignant : votre regard peut changer une vie. Et si vous êtes vous-même un adulte portant les blessures d'une enfance difficile, sachez que protéger son enfant commence par prendre soin de soi. La chaîne peut être brisée. Jenny en est la preuve vivante.

« Moi, Jenny, pupille de la Nation », de Fanny Marsot, est disponible en librairie.

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