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Guide complet · 8 min

Parler de sexualité à ses enfants : la leçon des créateurs du Womanizer

Rédaction Baby-Closer · 16 septembre 2026 · Relu par un expert

Les créateurs du Womanizer ont parlé ouvertement de leur projet à leurs enfants. Une leçon précieuse sur l'éducation sexuelle en famille, sans tabou.

Parents ayant une conversation ouverte et bienveillante sur la sexualité avec leur adolescente dans un salon chaleureux

Quand des parents sexagénaires lancent un sextoy : une leçon d'éducation sexuelle inattendue

En 2014, Michael et Brigitte Lenke ont annoncé à leurs deux filles adultes qu'ils allaient créer un stimulateur clitoridien. Résultat ? Zéro malaise, une fierté totale. Cette anecdote, révélée à l'occasion de la sortie du film Pour le plaisir qui retrace leur aventure entrepreneuriale, est bien plus qu'un fait divers amusant. Elle soulève une question fondamentale que beaucoup de parents se posent : comment parler de sexualité à ses enfants de façon naturelle et bienveillante ?

La réaction sereine des filles Lenke n'est pas le fruit du hasard. Elle est le résultat d'une éducation pensée, ouverte, dans laquelle le corps et la sexualité n'ont jamais été des sujets honteux ou interdits. Un modèle qui mérite qu'on s'y attarde, quelle que soit l'âge de nos enfants.

L'éducation affective et sexuelle : pourquoi commencer tôt change tout

Brigitte Lenke le confie sans détour : « Nos filles nous ont déjà vus nus, ce qui n'est jamais arrivé avec nos propres parents. » Cette phrase simple résume une évolution culturelle majeure. Là où la génération précédente vivait le corps dans le secret et la honte, les Lenke ont fait le choix de la transparence.

Ce n'est pas une question d'exhibitionnisme, mais de normalisation du corps humain. Et les études le confirment : selon l'INSERM, les enfants qui reçoivent une éducation affective et sexuelle adaptée à leur âge présentent :

  • Une meilleure estime d'eux-mêmes et de leur corps
  • Une capacité accrue à reconnaître et verbaliser leurs émotions
  • Un risque réduit d'exposition non consentie à des contenus pornographiques sans cadre explicatif
  • Des comportements plus respectueux envers les autres dans leurs relations affectives

En France, l'éducation à la sexualité est obligatoire à l'école dès la primaire (3 séances minimum par an selon la loi de 2001), mais dans les faits, elle reste souvent insuffisante. Le relais familial est donc crucial.

Comment aborder la sexualité avec ses enfants selon leur âge

L'erreur classique des parents est d'attendre le bon moment, ce fameux « grand discours » sur la sexualité qui n'arrive souvent jamais, ou trop tard. L'approche des Lenke illustre une autre philosophie : la sexualité s'intègre naturellement dans les conversations du quotidien, au fil des années.

De 2 à 5 ans : nommer les parties du corps sans euphémisme

À cet âge, l'enjeu est simple mais fondamental : utiliser les vrais mots anatomiques (vulve, pénis, vagin) plutôt que des diminutifs qui, inconsciemment, transmettent l'idée que ces parties du corps sont honteuses ou différentes des autres. Un enfant qui connaît le nom de ses organes génitaux est aussi mieux protégé face aux abus, car il peut les nommer clairement.

De 6 à 10 ans : répondre aux questions avec honnêteté

Les enfants posent des questions directes, parfois déconcertantes. « Comment on fait les bébés ? », « C'est quoi l'amour ? ». La règle d'or : répondre à ce qui est demandé, ni plus ni moins. Pas besoin d'un cours magistral. Une réponse courte, vraie et sereine suffit. Si votre enfant veut en savoir plus, il reposera la question.

De 11 à 15 ans : anticiper avant la puberté

C'est la période clé. Avant que les transformations physiques ne s'amorcent, parler des règles, des érections, du désir, du consentement. Ne pas attendre que l'enfant soit en plein bouleversement hormonal pour aborder ces sujets. Les études montrent que 57 % des adolescents français déclarent avoir appris la sexualité principalement via Internet ou leurs pairs — avec tous les risques de désinformation que cela implique.

À l'adolescence : le dialogue plutôt que le cours magistral

Avec un ado, imposer une conversation frontale est souvent contre-productif. Profitez des occasions naturelles : une série, un film, une actualité. La sortie du film Pour le plaisir est d'ailleurs une belle opportunité d'ouvrir le sujet avec humour et légèreté. L'objectif n'est pas de tout dire, mais de rester une personne à qui votre enfant peut poser des questions sans crainte du jugement.

Le tabou de la sexualité parentale : un sujet encore très sensible

Ce qui est remarquable dans le témoignage des Lenke, c'est aussi l'aspect inverse : des parents qui parlent de leur propre sexualité à leurs enfants adultes. Pas dans les détails intimes, mais en assumant ouvertement que la sexualité fait partie de leur vie, même passé 60 ans.

En France, 74 % des parents admettent ne jamais évoquer leur propre vie sexuelle devant leurs enfants, même adultes — par pudeur, par peur du jugement, ou parce qu'ils ont eux-mêmes grandi dans une culture du silence. Or, cette invisibilité envoie un message implicite : la sexualité est quelque chose de caché, de potentiellement honteux.

Les Lenke ont fait le choix inverse, et leurs filles en sont « vraiment très fières ». Une fierté qui dit beaucoup sur la qualité du lien familial construit au fil des années. Cela rejoint d'ailleurs les réflexions sur la reconnexion du couple parental au quotidien : assumer une vie intime épanouie, c'est aussi modéliser pour ses enfants ce qu'une relation saine peut être.

Éducation sexuelle et estime de soi : un lien direct

Parler du corps et de la sexualité sans tabou, c'est aussi transmettre à ses enfants une image positive de leur propre corps. Dans un contexte où les réseaux sociaux imposent des standards physiques de plus en plus toxiques, cette fondation est précieuse.

Des recherches publiées dans le Journal of Adolescent Health montrent que les adolescents ayant bénéficié d'une éducation sexuelle positive à la maison ont une estime corporelle significativement plus élevée que leurs pairs. Ils sont aussi moins susceptibles de tomber dans des comportements à risque (rapports non protégés, relations toxiques).

C'est un cercle vertueux : un enfant qui se sent libre de parler de son corps à ses parents est un enfant qui se sent vu, respecté et en sécurité. Ce qui, au passage, facilite aussi les conversations sur d'autres sujets sensibles comme la pression scolaire, les relations amicales ou les difficultés émotionnelles. On retrouve ce fil conducteur dans notre article sur la fierté de la différence et l'estime de soi chez l'enfant.

Les erreurs à éviter quand on parle de sexualité en famille

Même avec les meilleures intentions, certains écueils sont fréquents :

  • Réagir avec gêne ou rires nerveux : cela signale à l'enfant que le sujet est tabou et qu'il ne doit plus en parler.
  • Tout dire d'un coup : l'éducation sexuelle est un processus progressif, pas un exposé unique.
  • Genrer les conversations : les garçons ont autant besoin d'entendre parler de consentement, d'émotions et de plaisir féminin que les filles.
  • Attendre que l'enfant pose des questions : certains enfants n'osent pas, précisément parce qu'ils perçoivent le malaise de leurs parents.
  • Déléguer entièrement à l'école : l'éducation institutionnelle est nécessaire mais insuffisante. Le foyer reste le premier espace de confiance.

Si vous ressentez une pression à être le parent parfait sur ce sujet, sachez que vous n'êtes pas seul·e. Beaucoup de parents vivent cette pression de la parentalité parfaite — et l'essentiel est de progresser, pas d'être irréprochable.

Des ressources concrètes pour accompagner vos enfants

Vous ne savez pas par où commencer ? Voici quelques outils validés par des professionnels :

  • Livres illustrés pour les petits : Zizi sexuel de Titeuf (Zep), Le livre dont les filles sont les héroïnes pour les préados
  • Le site de Santé Publique France propose des fiches pratiques par tranche d'âge sur l'éducation sexuelle
  • L'application Oky (UNICEF) pour accompagner les premières règles des filles
  • En parler avec un médecin ou une sage-femme : ils peuvent être des relais précieux si vous vous sentez dépassé·e

Et si votre adolescent manque de sommeil au point que cela affecte ses apprentissages, sachez que la fatigue chronique peut aussi impacter sa capacité à traiter des informations émotionnellement complexes — un sujet que nous explorons dans notre article sur les adolescents et le manque de sommeil.

À retenir : 5 principes pour une éducation sexuelle bienveillante

  • Commencer tôt, dès la petite enfance, avec des mots adaptés à l'âge
  • Rester disponible sans forcer les conversations
  • Normaliser le corps et le plaisir comme des réalités humaines saines
  • Ne pas genrer les messages : garçons et filles ont les mêmes besoins d'information
  • Modéliser une relation saine et respectueuse au sein du couple parental

FAQ : les questions que les parents se posent sur l'éducation sexuelle

À quel âge parler de sexualité à son enfant pour la première fois ?

Il n'y a pas d'âge minimum : l'éducation sexuelle commence dès la naissance, en nommant correctement les parties du corps. Vers 3-4 ans, les enfants posent naturellement des questions sur les bébés et les corps. C'est le moment idéal pour poser les bases avec des réponses simples et vraies. L'important est de ne pas attendre la puberté pour aborder ces sujets.

Comment réagir si mon enfant me pose une question qui me met mal à l'aise ?

La gêne est normale, surtout si vous-même avez grandi dans une famille où ces sujets étaient tabous. Vous pouvez dire honnêtement : « C'est une bonne question, je vais y réfléchir et on en reparlera ce soir. » L'essentiel est de ne pas couper court à la conversation. Votre enfant retiendra que vous êtes disponible, même si vous n'avez pas toujours la réponse parfaite immédiatement.

Faut-il parler de plaisir sexuel à ses enfants, ou seulement de reproduction ?

Oui, aborder le plaisir est important, et pas seulement la reproduction. Une éducation sexuelle qui n'évoque que la procréation donne une vision incomplète et potentiellement anxiogène de la sexualité. Parler du plaisir, du consentement et des émotions associées aide les enfants à construire une relation saine à leur corps et à leurs futures relations.

Comment parler de sexualité à un adolescent qui refuse d'en discuter ?

Forcer la conversation est rarement efficace avec un ado. Privilégiez les déclencheurs naturels : un film, une série, une chanson. Vous pouvez aussi laisser des livres ou ressources accessibles sans obligation. L'objectif est de signaler que vous êtes disponible et non-jugeant·e, pas de tenir un cours. Certains ados préfèrent parler à un autre adulte de confiance (médecin, oncle, tante) — et c'est tout à fait sain.

Conclusion : l'héritage le plus précieux que vous pouvez transmettre

L'histoire des Lenke nous rappelle que l'éducation sexuelle n'est pas un sujet à part, réservé à un âge précis ou à des spécialistes. C'est une conversation qui dure toute une vie, qui évolue avec les âges et les situations, et qui construit, brique par brique, un espace de confiance entre parents et enfants.

Leurs filles n'ont pas été choquées par le projet du Womanizer parce qu'elles avaient été préparées — non pas à ce projet spécifique, évidemment — mais à l'idée que la sexualité est une part normale et digne de la vie humaine. C'est peut-être la leçon la plus précieuse que ces parents entrepreneuriaux nous offrent, bien au-delà de leur success story.

Et si vous souhaitez aller plus loin dans votre réflexion sur votre rôle de parent, notre article sur le rôle du papa dans la protection sans étouffement et celui sur les bonnes habitudes à inculquer dès le plus jeune âge vous apporteront d'autres pistes de réflexion concrètes.

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